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J’ai ces deux dernières semaines passé plusieurs dizaines d’heures sur Assassin’s Creed : Origins.

Non pas que le jeu soit particulièrement passionnant, bien que plutôt sympa. C’est surtout qu’il s’agit d’un jeu basé sur des mécaniques de jauges qui se remplissent et de nombres qui montent. Quoi que je fasse, le jeu lui a déjà assigné une valeur numérique, qui ira remplir une jauge quelque part. J’inflige X points de dégats qui retirent autant de la jauge de vie d’un ennemi qui une fois mort me donnera X points d’expérience qui iront augmenter d’autant la jauge de niveau de mon personnage qui une fois remplie me donnera un point de capacité qui une fois dépensé augmentera de X points de dégâts mes coups qui. Vous voyez l’idée. Rébarbatif, parfois oui, mais prédictible et rassurant, tout le temps ça oui aussi.

Jouer à Assassin’s Creed, en ces temps d’attente et d’incertitudes, ça a quelque chose d’apaisant, de confortable, assez pour engloutir des après midi de weekend entières.

Je crois que j’aurai passé la quasi totalité de l’année à attendre que l’on me réponde, à attendre que l’on me jauge, que l’on m’évalue, que l’on me confronte à d’autres options. J’ai passé l’année à (parfois simultanément) chercher un éditeur, un travail, un appartement. Trois projets qui, au fond, reviennent au même. Je monte un dossier, censé démontrer mon sérieux et ma qualité, et je l’envoie, jusqu’à ce que l’on m’appelle, que l’on me demande d’autres documents, d’autres gages de ma personne, autant de cerceaux en feu à travers lesquels j’irai sauter pour aller au bout. Les règles changent tout le temps car il n’y a pas de barre minimale par-dessus laquelle se hisser pour me garantir une victoire. Je ne peux pas louer un appartement comme j’achète un jeu sur Amazon, quand bien même j’en ai l’envie et les moyens. C’est pareil pour les textes, pour les boulots. Au-delà du minimum qualifiant, il y a toutes les autres personnes capables de passer les mêmes prérequis. Et dès lors la sélection se fait à la fois sur des critères objectifs, telle personne gagnant plus que moins, ou moins objectifs, telle rencontre aura créé une connexion unique avec moi plutôt qu’avec un autre. Je ne contrôle plus rien, tout juste puis-je me tenir droit et sourire pour faire bonne figure.

Ce n’est ni juste, ni prédictible. Et quand bien même je gagne, quand bien même je boucle un de ces dossiers, ce ne sera jamais entièrement grâce à moi, complètement sur des critères froids et impartiaux. C’est le jeu. On ne choisit pas les règles, on peut juste décider à quel jeu on joue. Et moi, par obligation ou par choix, je joue à celui-là.

Alors quand je rentre à mon appart, un refus de plus ou une réponse en moins en poche, j’allume la console, j’allume Assassin’s Creed. Là je vais réaliser une quête, rendre service à un gars du coin, un petit quart d’heure de mon temps contre un pourcentage de complétion de ma jauge d’expérience, un prêté pour un rendu. Un peu de justice virtuelle, pour passer le temps dans le monde réel, jusqu’à ce que je sache si j’ai gagné, ou si je dois remettre une pièce dans la machine.

Parce qu’au fond, la machine, j’y crois. Si on joue assez longtemps, on gagne. C’est de la logique Shaddock certes mais, jusqu’ici, cela s’est toujours vérifié. En définitive, qu’il s’agisse d’Assassin ou de mes ambitions, il suffit de continuer à jouer.