Engelures

Chaque hiver, entre Noël et le jour de l’an, j’écris mes petits emails de la tendresse. Je profite de la période de l’entre deux, où il est non seulement un peu plus facile de dire les choses, mais aussi de les entendre. Je fais ça depuis plusieurs années, c’est une auto-tradition. J’aime bien, j’attends ça avec impatience même. C’est important pour moi.

Cette année je n’ai écrit en tout et pour tout qu’un seul mail.

Je ne suis pas certain de ce qui s’est passé. Ce n’est pas comme si je n’aimais pas les gens, ou comme si je n’avais rien à dire à personne. Mais la machine est enraillée, grimpée par une multitude de petites choses. Je ne me sentirais plus assez proche de plus assez de gens. Je me laisserais bouffer par cette torpeur hivernale, l’absence d’énergie pour gratter quelques lignes. Ou bien j’aurais l’impression d’être ridicule. Je ne sais pas. Toujours est-il que cette année et malgré les tentatives à me planter devant ma messagerie, pour moi, ça coince.

On s’est débrouillé autrement, les autres et moi. J’ai envoyé des messages instantanés timides, j’ai pris un peu des nouvelles, sous-entendu une forme ou autre d’affection. La communication était dans les deux sens puisque, comme chaque année, j’ai vu poindre le bout du nez d’une ou deux personnes dont je ne m’imaginais pas qu’elles puissent ou veuillent me dire quelque chose. Toutes ces tentatives de communication, ces moitié-dits, ça s’accumule, et ça fait tout de même de jolies fêtes. Je suis tout de même content pour ça, pour ces gens-là et pour nos mains tendues.

Il n’empêche, comme chaque fois que je ne parviens pas à reproduire un rituel que j’aime, je me demande dans quelle mesure c’est de ma faute, dans quelle mesure je me suis éloigné, ou bien j’ai pu repousser. Ou bien est-ce que c’est cassé en dedans. Je ne sais pas trop. Même cette note ne vient pas facilement, m’aura coûté deux tasses de café et une pause à mi-chemin pour faire autre chose.

Mais elle vient, comme les petits messages, comme le mail que je suis parvenu à rédiger et envoyer. Je ne suis pas tout seul, loin de là. Peut-être qu’il fait juste un peu froid.