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En 2013 j’ai passé une semaine à Amsterdam avec l’Ex. Nous logions dans un sublime duplex en haut d’un immeuble sur les quais. Rien d’autre à faire qu’à courir les musées, manger des trucs bons, prendre des photos et se blottir sous la couette. C’était nos dernières vraies bonnes vacances, lorsqu’on pensait que ce serait une dernière respiration avant le reste de notre vie à deux, l’appart, le môme, la suite.

Je n’avais jamais remis les pieds ici en plus de trois ans. Je plaisantais sur le fait que la ville était à présent maudite, terre brûlée. Je ne pouvais pas y aller seul sans me laisser aller à la mélancolie, et je ne pouvais pas y amener quelqu’un d’autre. Ce point de la carte était passé dans les pertes et profits.

En pourtant m’y revoilà, dans l’appart de mon frère, à attendre que la tisane termine d’infuser. Je suis venu pour affaires, comme on dit, Thalys tous frais payés pour me rencontrer. J’ai serré des mains, j’ai déroulé ma vie une fois, deux fois, six fois en tout. Une journée à parler anglais, articuler, chercher le bon prétérit, avec le sourire. Encore quelques minutes et l’infusion sera prête, je pourrai me rouler dans mon sac de couchage devant un dessin animé.

Demain c’est ma journĂ©e aux frais de la princesse, dĂ©placĂ©, logĂ©, blanchis. Je n’ai rien de spĂ©cial Ă  faire. J’ai dĂ©jĂ  bouclĂ© le sujet musĂ©e la dernière fois, j’ai fait le tour des boutiques de fringues, des attrapes-touristes (avec du fromage), des ruelles hautement instagrammables, jusqu’au space cake « tu sens quelque chose toi ? ». Sois je me perds plus profond soit je retrace mes pas. Dans tous les cas j’ai besoin de prendre la mesure du lieu, Ă  nouveau. Ce sera un samedi Ă©trange, et dimanche il faudra rentrer.

Je n’ai aucune idée de ce que je pense de cette ville et de ce qu’elle est censée représenter, entre les vacances d’avant, la nouvelle maison de mon frère, mes rendez-vous d’aujourd’hui et tout ce que je ne sais pas encore. Mais pour l’instant j’y suis et je vais m’y coucher.

Jour moins sept

Je n’ai pas de souvenir linéaire de 2016. Tout n’est que fragments, une petite pile de choses qui sont arrivées, sans que je n’arrive à les remettre dans l’ordre. J’ai passé le premier semestre à tout donner, me jeter à corps perdu dans le travail, dans l’écriture, dans l’autre, avec comme promesse implicite d’en récolter les fruits les six mois restant. Sauf qu’à mi-chemin, quelques semaines avant la bascule, les vacances, la fin de l’écriture, penser à nous, on a tout cassé, à commencer par moi.

Avancer quand le sol se dérobe, que les murs ne portent plus rien, tituber sur le peu d’appuis qui restent, chuter, se rattraper, continuer et arriver tant bien que mal sur la dernière semaine de 2016.

L’année écoulée est un tas de blocs bizarres et épars. Je sais que je suis allé une semaine à l’océan, je ne m’en souviens quasiment plus. Je me rappelle que j’ai passé trois mois à écrire, et je ne saurais plus dire ce qui s’est passé à côté pendant ce temps. Parfois je ne sais même plus quand les gens sont entrés et sortis de ma vie. On me dit que cela fait des mois qu’on ne s’est pas vus, je jurerais deux semaines. L’avant juin est flou, l’après juin est morcelé.

Si je faisais l’effort, je pourrais reconstituer la frise, la ligne sentimentale, la ligne amicale, la ligne de travail. Je pourrais rajouter les évènements du reste du monde, les choses qui ne m’appartiennent pas, les autres gens. Cela me parait insurmontable, tout remettre dans l’ordre. Et à quoi bon puisque tout ça c’est bientôt terminé.

L’année 2017 commencera sur de belles choses, et beaucoup d’attente, comme toujours.

Reste une semaine de 2016, une semaine non pas pour s’esquinter à trouver du sens à l’absurde, à justifier des actes irrationnels ou se morfondre. Comme chaque année, je vais profiter des jours qui séparent Noël du réveillon pour écrire aux gens. Roulé en boule sur le canapé du salon, éclairé par les guirlandes du sapin, tisane à la main, ordinateur sur les genoux, je vais vous dire tout ce que je vous aime, que vous me manquez, tout ce qu’on s’est trouvé, tout ce qu’on s’est manqué, tout ce que je n’arrive pas à dire toutes les autres semaines de l’année.

Un dernier dîner, le temps de faire chauffer l’eau, et je m’y mets.
A toute.

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Stabiloté

La semaine dernière c’était joie et bonheur.

J’ai repris mon manuscrit, celui auquel je n’avais pas touché depuis mi-juillet, et je l’ai relu intégralement. Fort d’une demi-douzaine de premiers avis éclairés plus ou moins professionnels, je savais ce que je cherchais, ce que j’espérais déterrer et ce que je voulais renforcer. L’entreprise m’aura pris trois jours de plus que prévu, ainsi que quelques insomnies, mais c’était tout de même joie et bonheur.

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Déjà, c’est vraiment confort d’avoir un objectif précis. On est loin des infernales heures à rajouter des pages, à se demander à quoi bon, si on ira bien au bout, ce à quoi ça va ressembler à la fin. Non, à ce stade du travail la plupart des doutes sont évacués, on sait qu’on est allé au bout, et on a une bonne idée d’à quoi ça ressemble (versus ce à quoi on voudrait que ça ressemble, ce qui est tout le sel de la réécriture en vérité). Du coup on s’avance en terrain connu, on s’émerveille des détails oubliés, et on déplace un peu les meubles sur les bons conseils des premiers invités.

Ensuite, c’est vraiment confort d’avoir une prochaine étape de calée. C’est-à-dire concrètement que quelqu’un attend un retravail pour me donner un reavis et débloquer de nouvelles opportunités. On est de retour dans une structure cadrée, proche d’une quête de jeu vidéo : si tu fais X alors tu gagnes Y. Ce qui est peut être, à mon sens, l’élément le plus rassurant dans tout travail artistique. Cette perspective concrète permet de faire une journée entière sur Word là où sans carotte réelle on se serait battu pour trifouiller quelques heures chaque jour. C’est aussi une histoire qu’on se raconte, parce qu’on sait que l’on travaille sur une simple étape, et que les suivantes sont en vue, pas juste fantasmées.

J’ai donc repris mon manuscrit pendant une petite semaine. J’ai bidouillĂ© plein de trucs, raturĂ© des choses, rajoutĂ© des choses, surlignĂ© des choses. Et Ă  la fin je l’ai fait rapidement relire, pour avoir une confirmation de mon sentiment initial : c’est mieux (et plein de nouvelles fautes d’orthographe). Certes, c’est marginalement mieux, c’est quelques pourcentages mieux, c’est peut-ĂŞtre ce qui fera la diffĂ©rence mieux. Je ne sais pas encore. Mais j’ai apprĂ©ciĂ© l’exercice, le travail et, surtout, le regain de motivation, les synapses qui clignotent et le cĹ“ur qui bat Ă  mesure qu’on s’approchait de la fin.

Et c’est je crois l’idée que je me fais d’avoir un éditeur, une carrière, des contrats : la certitude de ne plus travailler à vide, et donc avoir d’autant plus d’envie, d’énergie et de temps à consacrer à ce qui me fait le plus plaisir au monde : raconter des trucs.