On se retrouve pour une vidéo pas du tout spéciale

Mon truc préféré sur Internet reste la possibilité de pouvoir creuser un sujet à l’infini, par l’entremise d’autres passionnés, toutes et tous réunis en communautés dédiées à l’épuisement du dit sujet. Dès lors, pas étonné que je sois, depuis plus d’un an, tombé dans les youtubers photographique argentique, et ce dans la joie, l’allégresse, ainsi que l’acquisition compulsive d’équipements dont je n’ai pas besoin. Mais, après des kilomètres de vidéo avalées je découvre, tel un abonné de longue date au Reader’s Digest ou Picsou Magazine, que le sujet est fini, dans le sens où le nombre de contenus possibles à produire a une fin et que, donc, soit on ferme, soit on tourne en rond.

Il n’y a que très peu d’actualité autour de l’argentique (pour rester poli). Il a pu arriver que Kodak ressuscite une émulsion, ou que Leica ou Lomo sortent un nouveau boitier. Mais, le plus souvent, la communauté vit au rythme de contre actualités : la fin de production d’une pellicule, la fin de la vente du dernier argentique Canon. Ainsi, l’éventail des sujets à traiter dans le domaine peut faire l’objet d’une liste quais exhaustive et, chaque nouvel entrant se retrouvant à traiter plus ou moins la même chose, plus ou moins dans le même ordre.

Le meilleur reflex pour démarrer l’argentique ! Mon avis sur la Portra 160 ! Wow, ces objectifs vintage sont excellents ! Développer et scanner à la maison ! Je découvre les rangefinders ! Je teste un Leica ! Je teste l’Olympus Mju II ! A la découverte du moyen format !

Je schématise, mais vu de ma fenêtre, je trouve cela fascinant. Explorer un sujet clos, en voilà une coquetterie moderne. J’ai finis par réaliser par exemple qu’il est relativement possible d’avoir une vision d’ensemble de la plupart des appareils qui existent au monde. Les classements existent, les fiches techniques sont consultables, et aucun fabricant ne vient plus ajouter sa pierre à l’édifice. Une fois que j’ai l’appareil de mes rêves, je suis obligé de changer de rêve, de catégorie, de critères, car j’ai terminé. Il en va de même pour les youtubers argentique, obligé de changer de marotte comme de chemise car sinon comment ne pas finir à poil ? (chacun s’entre-influençant, créant des mini buzz autour de tel boitier, telle pellicule, telle technique, et faisant les fluctuations du marché de l’occasion) Bien sûr, on peut creuser encore et encore, pousser le vice dans les détails les plus obscurs de tel appareil, tel processus. Il n’empêche que, à terme, une fois qu’ils ont tout essayé, tout détaillé, publié un ou deux zines de photo, tout ce qu’il reste, c’est de continuer à shooter, de parler d’art.

Certains n’y arrivent pas, plus, les chaines voient leur contenu diminuer en fréquence, voire disparaitre. C’est comme suivre une histoire de A à Z, avec une fin, donc. Là où les influenceurs numériques, eux, peuvent produire du contenu à l’infini, au gré des variations de matériels, des sorties incessantes, sans cesse nourris par les constructeurs. Ils ne partiront jamais, n’arrêterons jamais, peut-être aussi qu’ils n’auront jamais le temps de creuser autant que les argenticos, obligés de chasser la nouveauté pour rester pertinents.

Je réalise que je dis ça tout en faisant partie de ce même cycle. Je n’aborde pas les mêmes sujets dans le même ordre mais je reste, forcément, contraint au même cahier des charges, à explorer le même terrain, aux mêmes frontières extérieures (et aux mêmes micro buzz et tendances autour de tel boitier, au grand dam de mon compte en banque). A ce titre, j’ai l’impression que tout ceci nous rassemble, d’une façon différente et unique des autres communautés auxquelles j’ai pu appartenir. Hâte de voir qui lâchera prise, qui nous rejoindra, et jusqu’où j’irai.

Mes favs :
Negative Feedback la légende : super produit, super plaisant, plein de choses en ligne, souffre du syndrome d’épuisement total du sujet.
KingJvpes l’insup : style un peu abrasif mais super sincère et responsable à lui seul de la surcote de tous les appareils Minolta.
Willem Verbecek le frais : jeune et pleine d’énergie a pas encore faire tout le tour du sujet.
EduardoPavezGoye le streetos : que de la street photo, plein plein plein de tests, super stimulant.

Aqualizer

J’ai pour Noël reçu un Walkman waterproof. ENFIN. Depuis des années que je voulais sauter le pas, écouter de la musique dans l’eau pour voir, enfin entendre. Pas d’amis à qui emprunter du matos de test, un équipement forcément un peu cher et des avis pas toujours unanimes, je ne m’étais pas lancé jusqu’ici. C’est tout juste si je remarquais une nageuse ou un nageur ça et là, des écouteurs aux oreilles. Puis cette année, et parce que je réalise que je passe toujours plus de temps à nager (pour fêter quand je vais bien ou oublier quand je vais mal), j’ai passé commande à̶ ̶m̶a̶ ̶m̶è̶r̶e̶ au Père Noël. Un Walkman Sony étanche, c’est toujours plus stylé sous le sapin que trois paires de chaussettes et un chèque (big up fréro !). Allons-y.

L’objet est beau, c’est d’ailleurs le plus beau, voilà, c’est dit. J’ai pris l’appareil le plus stylé et non pas le plus cher ni le plus futuriste ni même le mieux noté. J’ai pris le plus beau. Car je n’ai pas color-coordonné l’intégralité de mon stuff légendaire piscine (bonnet / lunettes / maillots / accessoires) pour commencer à m’auto-saboter. Une fois le (bel) objet déballé, jai mis à profit le temps de la première charge pour aller pirater quelques MP3 sur Megaupload comme en 1999 (cette phrase est plus rétro qu’une saison entière de Stranger Things), ce qui fut nostalgique mais surtout laborieux. Une fois paré il ne me restait plus qu’à attendre la réouverture des piscines municipales, toutes fermées le temps des vacances autour du nouvel an. Ouin.

Les pieds dans l’eau, au moment de la bascule en avant et d’aller faire la première longueur, j’ai eu l’intuition que ça ne fonctionnerait pas. Okay, le son passe là, sur le bord du bassin, et c’est déjà assez cool ne serait-ce que pour ne plus entendre les autres autour de moi, mais une fois dans l’eau, ça ne peut pas marcher. L’appareil va prendre une infiltration, court-circuiter, m’arracher l’oreille dans une explosion sousmarine. Mais okay, allons-y. Une, deux, j’étais lancé. La musique m’a suivi du dehors jusqu’en dedans, poursuivant sa petite rythmique alors même que j’entamais la mienne. C’était parti pour la période d’adaptation. D’abord l’étonnement face au fait que oui, ça fonctionne, pas génial genre on va pas non plus écouter des podcasts de bruns barbus qui dissertent sur Star Wars avec une retransmission sonore cristalline, mais ça fonctionne. Ensuite l’ajustement à ce nouvel environnement auditif.

Je n’entends plus mes voisins de ligne, je n’entends plus le monde autour. J’entends ma musique, plus ou moins distinctement en fonction des mouvements du crawl, du dessus-dessous des oreilles par rapport à la ligne d’eau, et j’entends l’eau brassée par mon corps, les bulles qui remontent et les déplacements. La première séance est déconcertante, je réalise que je n’ai pas choisi les embouts intra-auriculaires optimums, ça glisse un peu. Je rentre, je change d’embouts, je fais mieux la fois d’après. J’adapte dès lors mon mouvement à l’appareil, je me force à être plus fluide dans ma technique, tout pour ne pas me brusquer et ne pas perturber la qualité de retransmission audio. Je réalise aussi que le Walkman pourra me réconcilier avec le dos-crawlé, nage dans laquelle ma tête bouge le moins, qui me permet une écoute plus sereine.

Surtout, en fin de séance, je me décale dans la ligne ludique, je me trouve un coin de piscine et je fais un peu d’apnée. Jamais trop longtemps, juste assez pour ne pas déclencher les alarmes modernes des piscines municipales, mais suffisament pour flotter là quelques secondes, à écouter ma musique, dans mon monde, jusqu’à ce que je refasse surface. Une respiration, et c’est reparti. Là, en apesanteur aqueuse et alors que je profitais de mes sons préféré à l’aide d’un appareil qui me parait encore mi futuriste et mi magique je me disais, quand même, quelle époque pour être en vie.

(also je garde mes écouteurs dans les douches car qui a le time pour écouter mes voisins se raconter leur journée à échanger des bitcoins alors qu’ils se frictionnent l’intérieur du maillot : pas moi)

Engelures

En passant

Chaque hiver, entre Noël et le jour de l’an, j’écris mes petits emails de la tendresse. Je profite de la période de l’entre deux, où il est non seulement un peu plus facile de dire les choses, mais aussi de les entendre. Je fais ça depuis plusieurs années, c’est une auto-tradition. J’aime bien, j’attends ça avec impatience même. C’est important pour moi.

Cette année je n’ai écrit en tout et pour tout qu’un seul mail.

Je ne suis pas certain de ce qui s’est passé. Ce n’est pas comme si je n’aimais pas les gens, ou comme si je n’avais rien à dire à personne. Mais la machine est enraillée, grimpée par une multitude de petites choses. Je ne me sentirais plus assez proche de plus assez de gens. Je me laisserais bouffer par cette torpeur hivernale, l’absence d’énergie pour gratter quelques lignes. Ou bien j’aurais l’impression d’être ridicule. Je ne sais pas. Toujours est-il que cette année et malgré les tentatives à me planter devant ma messagerie, pour moi, ça coince.

On s’est débrouillé autrement, les autres et moi. J’ai envoyé des messages instantanés timides, j’ai pris un peu des nouvelles, sous-entendu une forme ou autre d’affection. La communication était dans les deux sens puisque, comme chaque année, j’ai vu poindre le bout du nez d’une ou deux personnes dont je ne m’imaginais pas qu’elles puissent ou veuillent me dire quelque chose. Toutes ces tentatives de communication, ces moitié-dits, ça s’accumule, et ça fait tout de même de jolies fêtes. Je suis tout de même content pour ça, pour ces gens-là et pour nos mains tendues.

Il n’empêche, comme chaque fois que je ne parviens pas à reproduire un rituel que j’aime, je me demande dans quelle mesure c’est de ma faute, dans quelle mesure je me suis éloigné, ou bien j’ai pu repousser. Ou bien est-ce que c’est cassé en dedans. Je ne sais pas trop. Même cette note ne vient pas facilement, m’aura coûté deux tasses de café et une pause à mi-chemin pour faire autre chose.

Mais elle vient, comme les petits messages, comme le mail que je suis parvenu à rédiger et envoyer. Je ne suis pas tout seul, loin de là. Peut-être qu’il fait juste un peu froid.