Point de non retour

Je m’appelle Matthias Jambon-Puillet. Objet trouvé est le titre de mon premier roman aux éditions Anne Carrière. Le livre sera publié durant la rentrée littéraire 2018 et mis en vente le 24 août au prix de 18 euros pour un peu moins de 200 pages. Voici la première de couverture.

Je sais que ce livre existe, pas seulement dans ma tête ou sur un coin de disque dur, comme ce fut le cas plusieurs années, mais en réel dans la vraie vie. En ce moment mon éditeur participe à des réunions libraires, où il présente le texte aux premiers lecteurs, ceux qui auront peut-être à cœur de le défendre à la rentrée.
Je pourrais vous le présenter à mon tour, à ma façon. Mais je crois que je ne ferai pas mieux que la quatrième de couverture, celle que l’on a rabotée, débattue, encore et encore, jusqu’à obtenir la pleine synthèse de sa vision et la mienne sur un même texte. C’est ainsi qu’il sera présenté aux gens qui ne me connaissent pas, à ceux qui flânent, retournent les livres sur les étals.
Fin aout, vous serez sur un pied d’égalité, mais pour l’instant, et ici, je vous donne une première longueur d’avance.

J’aimerais que vous ayez envie de le lire, j’espère que vous êtes intrigués.
Avec mon éditeur, nous avons retravaillé encore et encore, sous l’œil de plusieurs correcteurs indépendants. Nous avons mis l’énergie et la minutie qui ne naissent qu’au sein d’une passion. Et, à présent que le livre est parti à l’impression, j’essaie de ne pas penser à tout ce que j’ai peur d’avoir raté, à tout ce que j’ajouterais, j’enlèverais, à force de ressasser.

– Je peux utiliser la photo prise de toi pendant les correction sur mon blog ?
– Je l’ai vue la photo dont tu parles ? Tu peux, sans doute…

Le texte est figé, coup de laque sur le crayon. C’est ce que je voulais, une version définitive, le moment où quelqu’un d’autre que moi, en plus de moi, décidera qu’il est temps de poser le crayon, de lever les mains de la table. Cette version du texte est la meilleure version du texte est la dernière version du texte. En route pour l’impression.

Il me reste à faire. Demain, les envois à la presse. Dans deux semaines, ultimes rencontres avec les librairies parisiennes. Après, l’attente, un job à temps plein.
Avec un peu de chance, et si j’ai réussi à vous avoir, vous aussi, vous attendrez. Idéalement, vous serez allé à la rencontre de votre artisant libriste le plus proche pour passer commande. « Ce livre-là, j’ai envie de le lire, assez pour le réserver maintenant, pas de façon passive sur un site de vente en ligne. Non, activement, chez vous. » Il n’y a pas que l’équipe éditoriale qui peut taper dans l’œil des libraires. C’est aussi, un peu, votre job.

J’aurai le temps de reparler du livre d’ici le 24 aout.
On me demandera même peut-être d’en parler ailleurs.
Après le 24, après la sortie, c’est vous qui m’en parlerez.

The Sarah Book // Scott McClanahan

Tout le monde m’a conseillé de lire l’édition française de Crapalachia, le roman de Scott McClanahan. Chaque fois on me disait c’est super chaque fois j’allais lire le résumé bif bof et, doigt sur la carte bleue, je renonçais au dernier moment. Mais comme la pédagogie, c’est la répétition, j’ai fini par aller jeter un œil sur les autres livres de l’auteur. On ne sait jamais, des fois que. C’est là que je suis tombé sur le petit dernier, The Sarah Book, qui s’avérera être la lecture qui m’aura le plus brisé ces dernières années. Joie.

The Sarah Book, donc, c’est l’histoire de Sarah, du moment où elle demande le divorce de Scott McClanahan, son mari et père de leurs deux enfants. C’est aussi l’histoire de leur rencontre. Mais c’est surtout l’histoire de Scott, et de la spirale de dépression, haine et destruction qu’engendre cette rupture. Le tout dans une ambiance deep province, alcool et chomâge. RIEN DE BIEN NEUF N’EST-CE PAS.

Et pourtant.

The Sarah Book m’a dévasté, littéralement dévasté pas genre « dévasté » comme dans une critique littéraire écrite par un mec qui a lu vingt pages avant de piocher dans le chapeau des mots magiques pour son papier. Non, ici, dans mon cas à la mi-livre, je suis allé voir la personne qui m’avait recommandé le bouquin et je lui ai demandé si c’était normal d’être autant en vrac. Mec, ça va mal, vraiment. Parce que j’en étais fébrile jusque dans le métro, à me recroqueviller sur ma place pour me retenir de somatiser tout ce qui se nouait à l’intérieur. On m’a répondu que j’étais pas le seul à avoir remonté cet état, à avoir été remué par cette lecture. Fantasmés en totalité, partie ou pas du tout je ne sais pas, mais cette histoire, ce style, parviennent à mettre le doigt sur des douleurs enfouies, des intensités d’émotion dont on se croyait débarrassé.

The Sarah Book vient remuer la plaie que tu pensais cicatrisée.

C’était aussi le mauvais moment pour le lire, un sale timing où j’avais justement un peu trop de temps libre d’un coup. Et hop. Le bon moment du coup ? J’imagine. C’est court, c’est efficace, ça se termine sans surprise ni rebondissement de dernière minute. Le livre refermé, on dort dessus quelques jours, et la douleur est oubliée à nouveau. Il n’empêche, quel excellent roman. Je ne le mettrais pas entre toutes les mains, je pense qu’il nécessite un certain passif personnel pour déployer tout son potentiel. Mais si de ce que je vous en dis, ça vous parle, foncez.

Je vous referai signe quand ça sort chez nous.

Editeur Layton

J’ai corrigé mon manuscrit pour la cinquième fois en un an. Après deux amies, deux repasses de mon éditeur, il était temps d’affronter les retours de la correctrice, dont le boulot était d’assurer les finitions : cohérence, répétitions, syntaxe, ponctuation. Et, comme toutes les fois d’avant, il m’incombait de corriger les corrections, décider ce qu’on garde, ce qu’on oublie. A côté de moi, mon éditeur, stylo rouge et gomme à la main, prêt à annoter le texte papier comme un animal, comme si nous n’étions pas en 2018, comme si le mode révision de Word. A l’ancienne, donc. C’était (re)parti pour quatre heure trente de micro décisions.

Pour ne pas perdre la raison, j’ai décidé de prendre l’exercice à la manière d’une longue partie de Professeur Layton : chaque annotation était un nouveau puzzle à résoudre. Tel Luke, je devais trouver la bonne solution, adoubée ou non par mon Editeur Layton.

Il existe, dans les phases finales de corrections d’un manuscrit, plusieurs types de puzzles tels que :
– Le mot manquant : quoi mettre et où le mettre dans une phrase qui n’a aucun sens pour en faire une structure correcte ?
– La quête de sens : le passage est souligné d’une petite vaguelette et ornée d’un point d’interrogation, mais qu’est-ce que je voulais bien dire sur le moment ?
– Exprès ou pas exprès : là où il y a une inversion grammaticale, une torsion syntaxique ou un oubli de ponctuation, est-ce que c’est à dessein ou par accident ?
– Répétition : comment supprimer ou remplacer un mot pour faire disparaitre la répétition sans perdre la nuance de sens ?

L’exercice est abrutissant alors qu’il faut au contraire conserver toute sa sagacité. On est tenté de dire okay okay okay aux modifications, ou bien de se servir directement dans les suggestions de la correctrice. Parfois elle a raison. Parfois non. Et, dans de rares cas, on trouve mieux, plus fin, plus approprié. C’est les micro victoires, passer de moins bien à mieux sans s’arrêter sur un simple correct. Là je repense à Professeur Layton, à ces énigmes de logique, le moment où tu le sens : AH AH. Yes, tu l’as. La mini vidéo de victoire se joue, ponctuée d’un petit jingle et d’une phrase débilos du professeur. Montée d’égo. La correction, c’est pareil, quand on arrive à faire les liens logiques entre un mot et le thème, quand on relie différentes parties du livre par un ajout discret, ou quand après deux minutes à vriller sur un synonyme qu’on ne trouve pas, on déniche le mot parfait.

Mon éditeur me dit que cette étape, la plupart du temps, on la fait sans l’auteur. Je le crois volontiers, ce serait plus simple d’arbitrer seul et d’en finir. Mais cette fois, on m’a accordé ce temps et j’ai offert mon jus de cerveau disponible. Quatre heures trente de travail et une migraine pour le reste de la soirée. L’accumulation des étapes éditoriales est fascinante. J’essaie de ne pas réfléchir au temps, à l’énergie et aux moyens dépensés pour un premier roman qui pourrait tout aussi bien exploser en vol en septembre (et inversement). C’est donc ça, les métiers passion ? Il reste encore quelques ultimes étapes, une dernière correction, après c’est fini qu’on me promet. J’espère.

J’adore Professeur Layton, mais une partie de temps en temps ça me suffit.