I’ll take you to the Sun Shop

J’ai trente ans passés et toujours un peu le stress d’aller dans un sexshop que je connais pas.

J’avais identifié le Sunshop II au détour d’un vieil article sur un vieux blog de bondage. L’info datait de 2014 mais promis, à l’époque en tout cas, cette échoppe planquée dans un recoin de Akihabara valait le détour pour qui s’intéresse un minimum au SM. Impossible de retrouver avec certitude la boutique sur Google Maps, j’avais juste pu noter manuellement l’adresse, à quelques rues de l’artère principale du quartier, et grossièrement mémorisé la photo streetview de la façade supposée. Quelques semaines plus tard, perdu entre deux étages du supermarché turbo débile Don Quichotte du coin, j’annonçais lâche prise sur cette histoire de sex shop, que ce n’est pas grave, je n’en mourrais pas de ne pas y aller, et autres rationalisations fallacieuses (pléonasme).

On m’a pris par le col puis secoué un peu, tu as un adulte, tu n’es pas loin du truc, tu as envie d’aller voir, go for it sinon tu va regretter. Ouin, pensais-je, avant de concéder que, oui bon okay, on pouvait aller voir, après tout ce n’était pas si loin. Mais si on ne trouve pas, vraiment, c’est pas grave du tout. Limite si on cherche pas c’est pas gênant non plus, ah ah (rire nerveux).

Or donc le nom de la boutique est indiqué sur la devanture de l’immeuble, exactement à l’adresse que j’avais piqué sur ce vieux WordPress douteux. Impossible de nier l’évidence ni de faire marche arrière. Une seconde pancarte explique comment accéder au Sunshop : il faut d’abord traverser le magasin de DVD du rez-de-chaussée jusqu’au fond, où attend un petit ascenseur privatif coincé entre deux rayonnages de blu rays. Puis, une fois à l’intérieur, appuyer sur la touche troisième étage, ce qui conduit directement à l’intérieur du sex-shop. En effet, les portes s’ouvrent dans la boutique sans fenêtre, comme si nous nous étions téléportés dans une instance hors du monde, sans prises avec la rue, sans escaliers, sans vue sur l’extérieur. De l’ascenseur nous étions dans le Sunshop.

Comme beaucoup de boutiques spécialisées, celle-ci était plus jolie, plus propre et mieux agencée que la majorité des sexshops classiques. Des DVD jusqu’à la partie librairie, tout est bien rangé sous blister, jaquettes et couvertures bien en évidence sans fausse pudibonderie et avec un certain goût de l’ordre et de la mise en scène. Les accessoires sont rangés sur une étagère striée de barreaux en métal, de sortie qu’il faille y pénétrer d’une main tendue pour extirper les objets que l’on souhaite observer de plus près. Enfin, dans l’entrée et au-dessus du comptoir sont exposés des mannequins, chacun attaché par un motif de cordages différent, et signé au marqueur par l’artiste ayant conçu le bondage. Quelques recherches et un peu d’anglais maladroit avec le vendeur plus tard et je faisais l’acquisition d’un beau livre. Je n’étais pas venu pour rien.

Avant de partir, j’ai demandé à l’employé si je pouvais prendre les mannequins en photo. Aucun problème m’a-t-il répondu. J’ai pris quelques clichés avec mon téléphone, avant de pénétrer à nouveau dans la cage de métal qui me redisposait à l’air libre. Tu vois c’était pas si difficile. J’avoue.

Une fois de retour à l’hôtel, au moment de trier les photos de la journée, je remarquais l’absence de tous les clichés pris dans le Sunshop. Je voulais faire une story Instagram, partager l’expérience sur Twitter, mais rien. J’utilise une application tierce un peu capricieuse, mais qui prend le plus souvent les photos en double format RAW, au cas où, pour éviter tout crash et désagrément. Mais ce jour-là, rien n’y a fait. Si j’étais parti seul, si j’étais dans un film, ce serait le moment où une légère musique anxiogène gonflerait en arrière-plan. Ai-je rêvé cette demi-heure dans le Sunshop ? est-ce que si j’y retourne je trouverais porte close, ou pire, un troisième étage vidé, remplacé par un petit bureau sans intérêt ? Si j’étais dans un film je saisirais le livre que j’ai acheté là-bas, preuve de l’existence de la boutique existant entre les mondes.

Mais je ne suis pas dans un film, je suis dans internet, et cette escapade a eu lieu, alors je vous l’ai partagée. Car c’est ça, internet. La morale de cette histoire c’est d’aller au bout de ses kinks et de dépasser ses appréhensions voilà. Also pensez à vérifier que vos photos sont bien enregistrées avant de quitter un lieu insolite car sans cela comment ne pas perdre pied ?

Au moins maintenant vous le savez, le Sunshop existe. Et si vous ne trouvez pas, on aura qu’à y aller ensemble.

Nous devons aller plus profond

L’expertise me fascine, dans la mesure où j’ai pris conscience qu’il était possible de creuser à l’infini n’importe quel sujet. Prenez les cuiseurs à riz par exemple. Tu commences à découvrir la programmation électronique, puis la chauffe à induction, puis des micro-ajustements de cuisson. Et quand tu penses en avoir fini tu plonges dans les variétés de riz, les méthodes de production, les lieux de production, les dates de production. Le sujet est inépuisable, infini. Et c’est pareil pour tout, de la même façon que j’ai plongé pendant un an dans les jeans selvedge, ou ma passion pour les claviers.

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D’ailleurs j’ai fait une rechute, vis-à-vis des claviers.
Dans les épisodes précédents, j’avais enfin renoncé à mes claviers à membrane pour passer aux claviers mécaniques, joie des ressorts sous les doigts, du clac clac clac effréné. A l’époque j’avais testé les principaux types de touches, défini mes affinités et besoin, puis jeté mon dévolu sur un modèle parfaitement équilibré.

Or le mois dernier il m’a fallu un nouveau clavier, pour mon bureau. Et j’aurais pu la jouer simple, dupliquer ma précédente réussite, acheter le même modèle. Sauf qu’entre temps je m’étais renseigné, en dilettante, sur ce qu’il existait et ce qu’il est possible de faire. C’était foutu, j’étais déjà plus profond. Un cran trop loin dans l’expertise de l’infini.

J’ai cette rentrée créé mon premier clavier personnalisé, frankenstein de plusieurs pièces et fabricants différents. J’ai commandé des touches MX Clear, plus dures que celles auxquelles je m’étais habitué, et difficiles à trouver sur des claviers montés. Puis j’ai trouvé des dessus de touche en PBT, un plastique plus rigide et « rugueux » que l’ABS utilisé un peu partout. J’en ai commandé deux jeux, un avec des touches écrites, un avec des touches neutres, pour peu à peu retirer les lettres de mon clavier, m’apprendre à taper sans regarder. Enfin, j’ai fait faire une touche Echap sur mesure, couleur et logo, pour donner un petit style corporate à l’ensemble. Chaque élément est arrivé à part, sur une interminable semaine. Puis j’ai passé deux heures à jouer aux LEGO, enfoncer les bons capuchons sur les bonnes touches, mettre un peu de lubrifiant dans les mécanismes, me tromper, rater, recommencer.

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La débrouille en valait la peine. J’adore mon nouveau clavier, les sensations de frappe, les ajustements entre mes précédents ressors et plastiques face aux nouveaux, la joie de ne plus le regarder pour rédiger. Un bonheur. Et à peine ai-je eu le temps d’apprécier mon nouveau petit monstre, j’ai eu l’envie d’aller plus loin. Pourquoi pas des touches MX Grey, encore plus dures ! Ou des MX Green, qui font clic clic clic en plus de clac clac clac ? D’ailleurs pourquoi ne pas insérer des LED moi-même dans les touches, créer mon propre arc-en ciel ?! POURQUOI PAS ?!

Cette foutue expertise, le fait que plus l’on s’intéresse à un sujet et plus il vous happe, et vous entraîne dans les profondeurs. Parfois c’est génial, grisant, de s’imprégner encore et encore, de creuser jusqu’à comprendre plus, savoir plus. Mais devenir expert d’un sujet c’est délaisser tous les autres. A moins d’en faire sa vocation il faut le plus souvent réaliser lorsqu’on a en eu assez, lorsque l’on a pris ce qu’il y avait à prendre. C’est ça un bon casse : rentrer, piller, sortir. S’éterniser c’est prendre le risque de ne jamais ressortir.

J’ai remis mes rêves de clavier en boîte, profitant avec joie et délectation de mon nouvel outil. Même si je sais que ce répit n’est que temporaire. Qu’il faudra peut-être conseiller quelqu’un, ou remplacer mon matériel. Et qu’à ce moment-là, je sombrerai à nouveau, en peu loin dans l’abysse.

Clac clac clac clac clac…

Je ne sais pas si vous voyez quand, dans les mangas, le personnage principal vient de se défaire de son pire ennemi grand méchant qui est le type ou le truc le plus fort de la planète à ce moment précis. S’ensuit une courte période de satisfaction masturbatoire où notre héros se dit que quand même, le temps de paix, c’est plutôt chouette. Quand soudain surgit la prochaine menace qui, dans un incroyable retournement de situation, s’avère être un type ou un truc encore beaucoup plus fort que celui d’avant et que en fait du coup ton personnage principal il n’est qu’au début de son aventure .

Ou, en une phrase, le moment dans Final Fantasy VII où tu sors de la ville de Midgar et que tu découvres LA PUTAIN DE CARTE DU MONDE ENTIER PLEIN DE VILLES ET DE TRUCS TROP FORTS A TUER.

Ce post donc pour vous parler des claviers.

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Il y a quatre ans, j’étais bien, j’étais allé au terme de ce que je considérais à l’époque comme les limites du clavier jeu. J’avais acheté un Logitech K800, avec ses touches du confort, son rétroéclairage détecteur de mouvement de la douceur et son mode sans fil avec batterie intégrée du futur. D’ailleurs plusieurs sites internet s’accordaient (et s’accordent encore) sur le fait qu’il s’agit ben et bien du top des claviers. Longue histoire d’amour, à rédiger plein de trucs, des notes de blog, de la prose, des mails nocturnes et autres tweets d’insultes. On était bien lui et moi. Jusqu’à ce qu’une des touches me reste au bout des doigts, jusqu’à ce que je réalise que hors garantie il est impossible de faire changer une seule tuile en plastique, jusqu’à ce qu’une rapide recherche eBay m’apprenne que la touche en question est trop recherchée pour être retrouvée en occasion. Mon clavier K800 va presque très bien, mais il ne me va plus.

C’était pour moi le moment de me remettre un peu en question, de sortir de ma tour d’ivoire et de voir si mon choix initial pouvait être remis en cause. Et c’est à ce moment que j’ai réalisé que l’univers entier avant changé durant mon absence. Finis les claviers dit chicklet, bonjour le retour de hype des claviers mécaniques, ceux qui remplacent la membrane plastique des touches par un bon vieux ressort des familles. Le nouveau game c’est les touches qui font clac clac sous les doigts, avec un retour tactile différent, avec plusieurs variantes d’une même technologie, plus ou moins fermes, plus ou moins bruyants. Le game a changé pendant que j’étais resté au calme chez moi à jouer à jour/nuit avec les diodes de mon K800. Et le nouveau top c’est de se faire monter un clavier sur mesure avec des touches précises sans inscription. Parce que les vrais hokages n’ont pas besoin d’un rappel visuel pour invoquer l’alphabet. Sale ambiance pour moi et mon petit Logitech de compète. Face au listing des claviers du monde entier, je me demandais, est-ce que je reste à Midgar avec mon stradivarius d’amour, ou bien dois-je m’aventurer dans le vaste monde et m’essayer aux différentes touches mécaniques pour les capturer toutes et devenir le meilleur dresseur ?

Parce que l’immobilisme, c’est la mort, et que l’absence de curiosité, c’est aussi la mort, je me suis frotté à plus fort que moi. J’ai demandé des conseils à mes amis maboules qui, en quelques années, s’étaient constitué des collections de clavier digne d’un article malaise de Vice sur « ces nerds qui nous rassurent sur nos propres petits travers geek ». Tel Goku en mission camping dans la salle de l’esprit et du temps, je me suis entraîné en un temps record à reconnaître les touches Cherry MX Red, Brown et Blue tout en gardant à l’esprit les Black, Clear et autres saloperies qui font clac clac sous les doigts. Pour la première fois, je suis vraiment devenu, sans mauvaise traduction aucune, un expert en digital (peut être une des seules fois où je pourrais placer cette expression tout en respectant la langue française). Et, au terme de moult demandes de conseils, de Twitter à Reddit, j’ai fini par opter pour un Cmstorm Trigger Z Cherry MX Brown (joie du marketing gamer).

Le truc est énorme, super lourd, ne détecte pas quand mes mains sont au-dessus des touches pour s’éclairer et reste branché à mon ordinateur par un épais câble double USB. Le déplacer sur ma table de bureau nécessite l’intervention de deux déménageurs et d’un ingénieur en fils qui font des nœuds. Je me coince les doigts contre les touches de macro à gauche (qui ne me servent pour l’instant à rien) et je n’arrête pas de me planter rapport au fait que les touches sont plus éloignées les unes des autres que sur son prédécesseur. Enfer et damnation. Mais, au bout de deux trois jours, déjà, je commence à prendre le coup de main, limiter les fautes de frappe. Surtout, j’apprécie le bruit des petits clac clac sous les doigts, les sensations de l’outil. Si je ne sais pas encore si je préfère, si c’est quelque chose dont je ne pourrai bientôt plus me passer, au moins, déjà, j’arrive à travailler avec.

Quel rapport avec ce blog, l’écriture, mon manuscrit ? Plusieurs.

J’ai toujours pensé que le périphérique de saisie étant mon outil principal à la fois de travail et de loisir, il méritait un soin et un budget tout particulier. Les gens qui passent leur journée sur un ordi de compète mais se contentent d’un truc en plastic mou à dix balles m’ont toujours fait l’effet de coureurs de fond en sandales. Les claviers, c’est sérieux. A fortiori quand on prévoit de rédiger des pages et des pages de prose, souvent en vain, ce qui nécessitera de rédiger des pages et des pages de prose, pour oublier. Ensuite, et c’est là que cela devient vicieux, je me refusais à recorriger mon manuscrit avec un clavier auquel il manquait une touche. Bien entendu j’aurais pu le faire, j’aurais pu bidouiller cette seconde vague de corrections et récupération de coquilles avec mon vieux K800 qui marche toujours très bien. Mais alors que la bise fut venue et qu’il fait sombre et froid dans nos cœurs et que de toute façon on va pas emmerder les éditeurs à deux semaines de Noël, il me fallait bien une excuse pour repousser l’inévitable.

Du coup on dit que maintenant que j’ai un nouveau clavier mécanique avec lequel je commence à être à l’aise et que j’en suis content.

Du coup on dit que maintenant je bosse.