Priorité Ouverture

Ce printemps j’ai eu l’opportunité de voyager pour la quatrième fois au Japon en à peine deux ans. Et, comme à mon habitude, j’avais prévu de prendre mon appareil pour capter l’ambiance, du lieu mais aussi du séjour, des amis. Sauf qu’en regardant mes précédents clichés, j’ai réalisé que je prenais toujours la même chose en photo, aux mêmes endroits, dans les mêmes angles, avec ce même rendu neutre typique du mec qui exporte en JPG et basta. Découragement, à quoi bon. A bien y réfléchir, les dernières bonnes sensations photo, c’était le compact argentique tout cracra d’une amie lors d’un weekend à la mer. Et donc, logiquement, à six semaines du départ, je me suis dit : go me mettre à l’argentique après dix ans de numérique.

Maintenant que vous avez le pourquoi, je vais tenter de vous raconter le comment et, aussi, combien.

  • L’appareil + Objectif

Je me suis rapidement orienté vers un réflex à focus manuel, quelque chose de proche de mes habitudes, avec un mode priorité ouverture pour pas non plus tout faire moi-même. Il me fallait un appareil pas trop cher, solide, et esthétiquement plaisant. Après une bonne semaine à chiner les articles de blog en mode « Top 10 reflexs argentiques pas cher !! », j’ai jeté mon dévolu sur le Minolta x700, ses fonctionnalités complètes et son design tout anguleux en mode je prends pas un Canon pour qui me prenez-vous mdrrr ici on se respecte. Après plusieurs jours de chasse, j’ai déniché un boitier sans objectif à 40€ fdpin sur eBay.

Une bonne semaine de stress jusqu’à la réception plus quelques piles et je pu vérifier que l’appareil fonctionnait sans problème. Il fallait cependant changer les mousses isolantes à l’intérieur, nouveau stress de l’enfer jusqu’à ce que je reçoive de la mousse autocollante achetée 5€ sur eBay également. Quelques coups de cutter et j’étais paré !

J’avais, entre temps, réussi à mettre la main sur le meilleur plus top objectif 50mm de Minolta de l’époque : un MD f 1.4 pour 72€ fdpin, là encore via eBay, que je supplémentais d’un capuchon d’origine pour environ 8€.

A ce stade, il ne restait plus qu’à tester.
Coût total matériel : 125€

  • Premiers tests

J’ai effectué ma première pellicule, de la Tri-x 400, lors du weekend suivant, à Lyon. Il fallait que je teste à la fois si j’arrive à focus en manuel, ce que je n’avais JAMAIS fait de ma vie, mais aussi si la mousse maison protégeais bien des fuites de lumière, et même, plus largement, si l’appareil et sa cellule fonctionnaient bel et bien. Encore une fois pétri de stress je suis une fois rentré allé poser la pellicule dans un labo très cher qui m’a fait des scans très gros et qui m’ont confirmé que oui, tout s’était bien passé (j’étais très honnêtement surpris).

De cette première série j’ai compris les limites de l’argentique, à la fois en sensibilité de pellicule, mais également en vitesse minimale pour obtenir un résultat correct, loin des considérations numériques sans miroir et autres objectifs du futur à quadruple compensation de mouvements. Le résultat était encourageant mais un peu dégueulasse. C’est pourquoi j’ai décidé de rempiler, sur une autre pellicule, avec une autre sensibilité, dans un autre contexte. Le résultat fut déjà bien plus probant.

Surtout, quel plaisir que le processus, du stress du lâcher de pellicule sur le comptoir jusqu’à l’émerveillement de la découverte des scans, de la première photo cramée jusqu’à la dernière faite à l’arrache pour terminer le rouleau, sans parler de toutes les prises oubliées au milieu. J’étais soufflé par la beauté du grain (surtout sur la Cinestill BWXX oh wow) ainsi que le piqué de mon objectif, que je ne pensais pas possible, moi qui n’y connaissait rien. En gros : je découvrais la lune.

Cette phase de test m’aura donc plombé d’environ 60€, entre les pellicules le développement et le scan HD.

  • Le voyage

Puisque je partais au Japon, il me semblait logique d’utiliser une pellicule japonaise. Surtout, au fil de mes recherches, j’ai découvert l’existence de la Fuji Natura 1600, la dernière pellicule couleur au monde très haute sensibilité, la seule encore conçue pour être shottée à 1600 iso, au lieu de prendre une autre pellicule et de la pousser au développement (ce qui, de ce qu’en comprenais à l’époque et de ce que j’ai pu expérimenter plus tard, produit toujours des effets de grain ou de couleurs potentiellement disgracieux, disons que c’est un style). Uniquement vendue au Japon, la Natura coûtait chez nous 15€, mais seulement 7.5€ là-bas. SAUF QUE. Hasard du calendrier, ma venue au Japon coïncidait exactement avec la fin de fabrication de cette pellicule, tombée au champ d’honneur après tant d’autres dans la restructuration en cours de Fujifilm.

Pris de panique (pour la millième fois environ depuis le début de cette aventure, si vous tenez les comptes), j’ai acheté ce que je pouvais en ligne sur le site de Yodobashi Camera (3 maximum par client) pour me les faire livrer à l’hotel, tout en demandant à une amie expat de dévaliser le Bic Camera le plus proche. Bien m’en a pris, vu que mes pellicules m’attendaient à l’hôtel, me permettant de démarrer mon aventure photo le soir même, en attendant de croiser mon amie et son butin.

J’ai passé les dix jours suivant à vivre pleinement mon expérience argentique de la photo : ne plus pouvoir shooter autrement qu’à l’œil, devoir bouger physiquement pour chercher, trouver les cadres, n’accorder qu’un ou deux clichés par personne, paysage ou idée, rationner sans se priver et, surtout, faire très très attention à chaque changement de pellicule. L’expérience était particulièrement tactile, le poids de l’appareil, la violence du va et vient du miroir à l’intérieur, la manivelle de rembobinage. Ou même, plus prosaiquement, lorsqu’il s’agissait de se coucher au milieu de la route pour prendre une photo ras du sol, et de se faire relever par un petit vieux paniqué à la vue d’une voiture arrivant. Là encore je n’inventais ni ne découvrait rien, mais la différence entre le savoir et le faire est immense. Pendant dix jours, à mesure, je me disais : ça valait le coup, rien que pour ça, ça valait le coup.

A l’aéroport retour, j’ai pu demander à la personne en charge du scan des bagages à main une inspection manuelle de mon sac photo, afin de ne pas exposer les films aux rayon X (pouvant, selon la légende, endommager les films, particulièrement les plus sensibles comme la Natura). Coutumière du fait, l’employée a manipulé mes rolls un par un et m’a demandé de prendre une photo du sol avec l’appareil, pour prouver qu’il n’était pas factice et/ou rempli de contrebande. Je me suis exécuté, héritant d’une sublime photo floue de la moquette de Haneda.

J’aurais donc écoulé sept pellicules, soit un peu plus de 50€.

  • Développement et scan

Il existe quelques labos spécialisés en scan à travers l’Europe, qui développement et traitent dans le but de tirer les meilleurs scans possibles plus que dans une optique papier. Passer par l’un d’eux nécessitait d’envoyer mes films par colis jusqu’en Espagne, avec des instructions, et croiser les doigts. Au point où j’en étais, et après les deux mois d’efforts et de stress et de dépenses, j’avisais qu’il s’agissait d’aller au bout de l’expérience. Je triple enroulait les pellicules dans du papier bulle et j’envoyais. Le temps de régler la note (forcément salée vu le volume), de prendre ma semaine en patience, et je recevais un gros WeTransfer avec une micro critique de mes clichés (l’exposition, surtout, vu qu’en 1600 iso à plein soleil de printemps j’étais parfois jusqu’à 5-6 stops surexposé car c’est ainsi que je roule).

Le résultat était au-delà de toutes mes espérances. Les cadres étaient (à mon sens) meilleurs, plus réfléchis, j’avais osé des choses différentes, j’avais vraiment un autre œil sur mon séjour. Le rendu de la Natura était incroyable à la fois avec des couleurs douces et un piqué impressionnant pour une telle sensibilité. Je suis ressorti de cette expérience par terre, et changé, dans la mesure où je me vois mal repasser immédiatement au numérique, ayant besoin d’explorer et pousser d’autant plus les expériences argentiques (spoiler : sa tourne mal pour mon portefeuille).

J’ai passé mes clichés sous Lightroom, redressé, légèrement récupéré certains détails ou expositions, avant de tout ranger dans un coin, à la suite du reste, de dix ans de photos numériques, dans la continuité du petit travail discret que je fais, pour mes amis, ma famille et aussi pour moi.

Le développement et scan m’aura coûté pour 7 pellicules 175€.

Total de l’opération, matériel, tests et dev final : 410€.
Soit le prix d’un beau petit appareil numérique neuf.
Heureusement que je ne payais pas le billet d’avion. 😐

  • Et ensuite

Depuis cette histoire, j’ai acheté un deux trois quatre autres appareils (oups), shooté une demi-douzaine de pellicules différentes. J’ai repris le goût, que j’avais un peu perdu, de me trimballer avec un appareil sur moi, de prendre des portraits de mes amis, d’avoir l’œil alerte. Sans garantie que cela dure pour autant, je profite de cette seconde lune de miel photographique, je remercie toutes les personnes, sites et ressources qui m’ont aidé à apprendre en six semaines ce qu’il a fallu à d’autres des années pour intégrer (l’argentique post internet c’est quand même une expérience complètement différente, merci les forums, Youtube et eBay).

Surtout, merci à toutes les gentes et gens qui m’ont supporté dans cette histoire, mes semaines d’angoisses et de stress, et qui auront posé un petit like, pour le petit hobbyiste que je suis, et qui avait besoin à la fois de partager mais aussi de validation.

Vous êtes les best.

  • Maintenant, une petite sélection

Petit grand oral

Ce mardi 19 juin avait lieu la réunion de rentrée à destination des libraires du collectif Anne Carrière. Nous étions, éditeurs et auteurs, assis autour de nos livres sur la belle scène de la Maison de la poésie, face à un parterre de libraires. L’objectif : leur donner envie de lire nos nouveautés et leur transmettre quelques clefs sur nos intentions, nos envies et espoirs. Petites mains en première ligne, c’est en grande partie par eux que le succès et/ou la renommée d’un livre commencent. Une heure pour parler de dix livres, donc. Cinq minutes pour le mien, deux minutes pour moi, j’ai fait ce que j’ai pu (j’avais promis de balbutier, ce fut fait).

Puis, après la petite prestation scénique, tout le monde s’est retrouvé autour d’un buffet x bar pour échanger autour des livres, des librairies, de l’édition en général. Il fallait que je me rende disponible voire, rêvons un peu, que je me lance à la rencontre de nos invitées et invités, afin de recueillir leurs premières impressions et idéalement de leur en laisser une bonne.

Ce furent près de deux heures de représentation publique, de rires, de confidences entrecoupées de longs moment de timidité. Et plutôt que de tenter de tout restituer pêle mêle, je préfère vous partager mes instants préférés :

– Cette dame qui m’a attrapé dès la sortie de scène pour me confier qu’elle avait très envie de lire mon livre, avant de m’avouer qu’elle n’était pas libraire mais bibliothécaire, en espérant ne pas m’avoir déçu (impossible car : j’adore les bibliothécaires).

– Le moment où mon éditeur a commencé à trifouiller les sacs de livres à destination des libraires afin de pouvoir faire un bel Instagram avec ma couverture partout. J’aime être accompagné par quelqu’un d’aussi nerd 2.0 et plus forceur encore que moi (j’étais mortifié mais fier mais mortifié).

– Cette libraire du onzième bien trop alerte qui m’a affirmé être persuadée de m’avoir déjà vu rôder dans sa librairie (et c’est vrai). Je me suis confondu en balbutiements car je sais que je n’y achète pas souvent, mais j’ai promis de revenir lui demander son avis sur Objet Trouvé dans quelques semaines.

– Quand les boss de la diffusion de la maison mère de mon éditeur sont venus me féliciter pour mes quelques mots, m’en demander un peu plus sur moi, et me garantir que mon roman tournait bien chez les représentants « je n’ai pas pu l’avoir ils se l’échangent sans cesse il parait que c’est très bien ! »

– Enfin, lorsque j’ai vu mon éditeur, toujours un verre à la main et après avoir vanté mes mérites, commencer à brancher les libraires sur ses précédents livres du printemps, n’hésitant pas à continuer de défendre ces auteurs, ces textes, plusieurs mois après leur sortie.

Je crois que c’était le signe pour moi de décoller, partant du principe que les libraires ayant souhaité s’entretenir avec moi s’étaient manifestés, et que j’avais, de mon côté, épuisé ma faible capacité à l’audace et au culot. Je suis parti en repensant à Jean-Baptiste, que j’ai envie d’imaginer en janvier prochain, un verre à la main, continuer à me défendre.

Cette soirée était la dernière, ultime obligation, après les choix autour de l’objet livre (couverture, épigraphe, remerciements), les corrections, l’envoie à la presse. Présenter le livre aux libraires était ma dernière activité actée, prévue au calendrier. Représentants, presse et libraires ont Objet trouvé entre les mains, je ne peux que me rendre disponible au besoin. Je suis en vacances.

Point de non retour

Je m’appelle Matthias Jambon-Puillet. Objet trouvé est le titre de mon premier roman aux éditions Anne Carrière. Le livre sera publié durant la rentrée littéraire 2018 et mis en vente le 24 août au prix de 18 euros pour un peu moins de 200 pages. Voici la première de couverture.

Je sais que ce livre existe, pas seulement dans ma tête ou sur un coin de disque dur, comme ce fut le cas plusieurs années, mais en réel dans la vraie vie. En ce moment mon éditeur participe à des réunions libraires, où il présente le texte aux premiers lecteurs, ceux qui auront peut-être à cœur de le défendre à la rentrée.
Je pourrais vous le présenter à mon tour, à ma façon. Mais je crois que je ne ferai pas mieux que la quatrième de couverture, celle que l’on a rabotée, débattue, encore et encore, jusqu’à obtenir la pleine synthèse de sa vision et la mienne sur un même texte. C’est ainsi qu’il sera présenté aux gens qui ne me connaissent pas, à ceux qui flânent, retournent les livres sur les étals.
Fin aout, vous serez sur un pied d’égalité, mais pour l’instant, et ici, je vous donne une première longueur d’avance.

J’aimerais que vous ayez envie de le lire, j’espère que vous êtes intrigués.
Avec mon éditeur, nous avons retravaillé encore et encore, sous l’œil de plusieurs correcteurs indépendants. Nous avons mis l’énergie et la minutie qui ne naissent qu’au sein d’une passion. Et, à présent que le livre est parti à l’impression, j’essaie de ne pas penser à tout ce que j’ai peur d’avoir raté, à tout ce que j’ajouterais, j’enlèverais, à force de ressasser.

– Je peux utiliser la photo prise de toi pendant les correction sur mon blog ?
– Je l’ai vue la photo dont tu parles ? Tu peux, sans doute…

Le texte est figé, coup de laque sur le crayon. C’est ce que je voulais, une version définitive, le moment où quelqu’un d’autre que moi, en plus de moi, décidera qu’il est temps de poser le crayon, de lever les mains de la table. Cette version du texte est la meilleure version du texte est la dernière version du texte. En route pour l’impression.

Il me reste à faire. Demain, les envois à la presse. Dans deux semaines, ultimes rencontres avec les librairies parisiennes. Après, l’attente, un job à temps plein.
Avec un peu de chance, et si j’ai réussi à vous avoir, vous aussi, vous attendrez. Idéalement, vous serez allé à la rencontre de votre artisant libriste le plus proche pour passer commande. « Ce livre-là, j’ai envie de le lire, assez pour le réserver maintenant, pas de façon passive sur un site de vente en ligne. Non, activement, chez vous. » Il n’y a pas que l’équipe éditoriale qui peut taper dans l’œil des libraires. C’est aussi, un peu, votre job.

J’aurai le temps de reparler du livre d’ici le 24 aout.
On me demandera même peut-être d’en parler ailleurs.
Après le 24, après la sortie, c’est vous qui m’en parlerez.