Jour moins sept

Je n’ai pas de souvenir linéaire de 2016. Tout n’est que fragments, une petite pile de choses qui sont arrivées, sans que je n’arrive à les remettre dans l’ordre. J’ai passé le premier semestre à tout donner, me jeter à corps perdu dans le travail, dans l’écriture, dans l’autre, avec comme promesse implicite d’en récolter les fruits les six mois restant. Sauf qu’à mi-chemin, quelques semaines avant la bascule, les vacances, la fin de l’écriture, penser à nous, on a tout cassé, à commencer par moi.

Avancer quand le sol se dérobe, que les murs ne portent plus rien, tituber sur le peu d’appuis qui restent, chuter, se rattraper, continuer et arriver tant bien que mal sur la dernière semaine de 2016.

L’année écoulée est un tas de blocs bizarres et épars. Je sais que je suis allé une semaine à l’océan, je ne m’en souviens quasiment plus. Je me rappelle que j’ai passé trois mois à écrire, et je ne saurais plus dire ce qui s’est passé à côté pendant ce temps. Parfois je ne sais même plus quand les gens sont entrés et sortis de ma vie. On me dit que cela fait des mois qu’on ne s’est pas vus, je jurerais deux semaines. L’avant juin est flou, l’après juin est morcelé.

Si je faisais l’effort, je pourrais reconstituer la frise, la ligne sentimentale, la ligne amicale, la ligne de travail. Je pourrais rajouter les évènements du reste du monde, les choses qui ne m’appartiennent pas, les autres gens. Cela me parait insurmontable, tout remettre dans l’ordre. Et à quoi bon puisque tout ça c’est bientôt terminé.

L’année 2017 commencera sur de belles choses, et beaucoup d’attente, comme toujours.

Reste une semaine de 2016, une semaine non pas pour s’esquinter à trouver du sens à l’absurde, à justifier des actes irrationnels ou se morfondre. Comme chaque année, je vais profiter des jours qui séparent Noël du réveillon pour écrire aux gens. Roulé en boule sur le canapé du salon, éclairé par les guirlandes du sapin, tisane à la main, ordinateur sur les genoux, je vais vous dire tout ce que je vous aime, que vous me manquez, tout ce qu’on s’est trouvé, tout ce qu’on s’est manqué, tout ce que je n’arrive pas à dire toutes les autres semaines de l’année.

Un dernier dîner, le temps de faire chauffer l’eau, et je m’y mets.
A toute.

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Stabiloté

La semaine dernière c’était joie et bonheur.

J’ai repris mon manuscrit, celui auquel je n’avais pas touché depuis mi-juillet, et je l’ai relu intégralement. Fort d’une demi-douzaine de premiers avis éclairés plus ou moins professionnels, je savais ce que je cherchais, ce que j’espérais déterrer et ce que je voulais renforcer. L’entreprise m’aura pris trois jours de plus que prévu, ainsi que quelques insomnies, mais c’était tout de même joie et bonheur.

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Déjà, c’est vraiment confort d’avoir un objectif précis. On est loin des infernales heures à rajouter des pages, à se demander à quoi bon, si on ira bien au bout, ce à quoi ça va ressembler à la fin. Non, à ce stade du travail la plupart des doutes sont évacués, on sait qu’on est allé au bout, et on a une bonne idée d’à quoi ça ressemble (versus ce à quoi on voudrait que ça ressemble, ce qui est tout le sel de la réécriture en vérité). Du coup on s’avance en terrain connu, on s’émerveille des détails oubliés, et on déplace un peu les meubles sur les bons conseils des premiers invités.

Ensuite, c’est vraiment confort d’avoir une prochaine étape de calée. C’est-à-dire concrètement que quelqu’un attend un retravail pour me donner un reavis et débloquer de nouvelles opportunités. On est de retour dans une structure cadrée, proche d’une quête de jeu vidéo : si tu fais X alors tu gagnes Y. Ce qui est peut être, à mon sens, l’élément le plus rassurant dans tout travail artistique. Cette perspective concrète permet de faire une journée entière sur Word là où sans carotte réelle on se serait battu pour trifouiller quelques heures chaque jour. C’est aussi une histoire qu’on se raconte, parce qu’on sait que l’on travaille sur une simple étape, et que les suivantes sont en vue, pas juste fantasmées.

J’ai donc repris mon manuscrit pendant une petite semaine. J’ai bidouillé plein de trucs, raturé des choses, rajouté des choses, surligné des choses. Et à la fin je l’ai fait rapidement relire, pour avoir une confirmation de mon sentiment initial : c’est mieux (et plein de nouvelles fautes d’orthographe). Certes, c’est marginalement mieux, c’est quelques pourcentages mieux, c’est peut-être ce qui fera la différence mieux. Je ne sais pas encore. Mais j’ai apprécié l’exercice, le travail et, surtout, le regain de motivation, les synapses qui clignotent et le cœur qui bat à mesure qu’on s’approchait de la fin.

Et c’est je crois l’idée que je me fais d’avoir un éditeur, une carrière, des contrats : la certitude de ne plus travailler à vide, et donc avoir d’autant plus d’envie, d’énergie et de temps à consacrer à ce qui me fait le plus plaisir au monde : raconter des trucs.

Storylines

Je joue un rôle.
C’est quelque chose qui est à la fois évident pour une grande partie des gens qui pratiquent l’internet et à la fois compliqué à expliquer à quelqu’un d’extérieur.

Depuis les débuts (de ce blog, de twitter, du reste), j’ai une ligne assez fixe de ce que je dévoile et de ce que je ne dévoile pas. J’ai aussi fini par trouver quels traits je suis prêt à grossir, quels faits je suis prêt à tordre, pour un bon mot, une bonne vanne, une belle suite logique narrative. L’élégance fictionnelle est parfois plus importante que la réalité.

Car au final mon personnage virtuel est comme tout personnage : il avance le long d’une série d’intrigues. En tant que showrunner de LeReilly c’est à moi qu’il incombe de faire évoluer (IRL et en ligne) mon héros numérique. Avec comme avantage ce retour quasi constant des amis, des connaissances, des abonnés. Quand un running gag dure trop longtemps, on soupire, quand je n’ai pas mentionné un sujet depuis un moment, on me le réclame. C’est interactif, et une source infinie de choix à opérer.

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En ce moment, si vous me suivez ailleurs, vous pouvez suivre ma dernière storyline : le tricot. J’ai couiné à l’aide pour apprendre, j’ai documenté mes échecs, mes recherches de matériel, mes embûches. C’est drôle parce que c’est une nouvelle mine d’amusement, et un sujet qui touche des personnes jusqu’ici restées silencieuses. Alors j’insiste, dans la vie en continuant à tricoter, et sur le net en continuant à raconter. Cette storyline vient s’agencer au milieu des autres, des historiques (ma mythologie étant l’écriture, la poursuite de l’édition) jusqu’aux plus conjoncturelles (les cuiseurs à riz, la recherche du prochain job, les nouvelles piscines). Parfois la vie m’impose de garder le silence sur tel événement, tel projet, telle avancée, alors je redouble de posts sur les intrigues secondaires, le temps de pouvoir poser un épisode mythologique digne de ce nom.

Et je sais que des gens suivent ma petite série, chacun s’intéressant à un running gag, un sujet, une storyline, plusieurs, mais rarement toutes d’un coup. A une époque où pour percer sur internet il convient de se spécialiser j’aime maintenir un certain foutoir dans ce que je raconte. Lire un bouquin de branleur en anglais dans le texte tout en tricotant un châle entre deux fausses demandes de nudes le temps que charge le dernière jeu japonais de deep nerd qui occupe mes nuits. C’est comme un bouquet thématique foireux, on allume, on zappe, on éteint.

Le revers de la médaille, c’est quand quelqu’un vient zapper sur ma timeline. C’est comme débarquer au milieu d’un interminable soap. D’un coup les running gags ne passent pas, les sous-entendus ne sont plus clairs. Il manque une grosse partie d’historique. Cela provoque des réponses tantôt absurdes tantôt confrontationnelles, toujours un peu étranges. Après on s’accroche ou non, ça dépend. Mais des éléments d’historique me concernant qui me semblaient limpides ne le sont pas, et j’ai régulièrement de nouvelles connaissances qui m’interrogent alors que ceux d’avant savent déjà depuis un moment.

Je crois, à mesure que je théorise un peu tout ça, c’est que comme ça que j’aime mon petit coin d’internet, comme une multitude de séries auxquelles on s’abonne, pour lesquelles on se passionne, ou qu’on finit par détester. J’ai vu des gens odieux devenir adorables tout autant que l’inverse. Chacun showrunne à sa manière. C’est en tout cas pour tout le monde un work in progress permanent. Alors autant s’amuser en route.

En attendant le prochain épisode.