Bec et ongles

L’année 2015, d’un point de vue microscopique, aura été pleine d’enseignements.

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Dans mes cercles j’ai vu (trop) de burnouts à l’approche de la trentaine. Des gens qui lâchent un boulot pour n’en chercher aucun, d’autres qui lâchent un boulot pour en prendre un complètement différent. J’ai vu des couples remis en cause, les premiers divorces, les filles qui reprennent leur nom sur Facebook, les jeunes pères qui embrassent quelqu’un d’autre, les enfants qu’on instagrame une semaine sur deux. Au milieu de tout ça moi-même si j’ai changé de couple l’année d’avant, j’ai cette année double changé de job, au prix d’un peu de santé mentale.

Toujours autour de moi j’ai vu d’anciens amis de ma période BD sortir leurs premiers livres. Des gens qui, à l’époque, n’étaient soit pas assez bon, soit pas assez chanceux, ont fini par émerger. Je suis content pour eux (bientôt assez pour les féliciter). Comme je suis fier de ceux qui sont déjà dedans, de qui on se moque, et qui savent taper du poing sur la table pour continuer à avancer. Même d’anciens ennemis parviennent à leur fin, au prix de minces compromis mais toujours à la seule force de leur détermination. Ou parfois peut-être qu’il s’agit juste d’arriver à rester à la table des négociations, à ne pas se lever et partir.

Parce que j’ai aussi vu d’autres gens lâcher prise, où considérer qu’ils étaient confortables là où ils étaient. Ils ont cessé de se faire mal aux mains à gratter pour un peu plus. A la place ils se posent et consolident, ou bien ils construisent autre chose. J’en suis parfois (souvent) jaloux. Pour tous ceux qui n’en sont pas encore là, je les ai vu se battre, s’esquinter, se prendre des murs. Tellement de personnes, moi compris, qui ressortent lessivés de 2015, tuméfiés en dedans, pour faire quelques pas de plus en avant. Nous ne sommes pas (encore) arrivés.

Et là on où va, personne ne viendra nous y tirer, personne ne fera le taf pour nous. On n’a pas le choix, on y va bec et ongles.
Jusqu’à ce que (touffes de) cheveux blancs s’en suivent.

Maxi Best Of

En ce moment sur Twitter les gens essaient de faire le bilan de 2015. Le principe c’est de trouver des choses dont on peut être fier sur l’année écoulée. Qu’est-ce qu’on a entrepris, qu’est-ce qu’on a réussi, qu’est-ce qui fait que l’on avance. Je vise un peu plus large en incluant le pire de mon année, et en essayant d’y trouver des échos dans mon meilleur. Qu’est-ce qui m’a blessé ? Qu’est-ce que j’ai entrepris pour contrebalancer ?

C’est forcément très personnel, et forcément un peu triché et orienté. Mais voici.

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Worst Of 2K15

– Découvrir le harcèlement moral au travail, les processus insidieux de mise à l’écart et comment ta hiérarchie arrive à rationaliser pour pouvoir continuer à se regarder en face.

– Me laisser dévorer à petit feu par ma recherche d’éditeur, les appels à l’aide, les recherches de contact, l’obsession, la frustration. Et toujours cette terreur de ne jamais y arriver.

– Ne pas avoir réussi à garder les amis et proches qui m’ont glissé entre les doigts. Avec ce sentiment d’échec, cette impossibilité de s’écouter et de se reconfigurer. Le manque.

– La décrépitude de mon appartement, qui d’usure en accidents ressemble de plus en plus à squat étudiant, et dont il faut absolument que je me tire l’année prochaine.

– Avoir l’impression que ma vie fait du sur-place, de n’avancer que superficiellement, de plan court en plan court, sans vraiment avoir l’impression de savoir où je vais.

Best Of 2K15

– Ne pas avoir plié face à l’absurdité du travail qui broie. Avoir trouvé le courage de rester moi-même au lieu de baisser la tête. Jusqu’à partir et trouver mieux.

– Cette heure passée chez Flammarion à discuter de mon texte avec quelqu’un qui a pris le temps de le lire et de l’annoter. Toucher au but, prendre plaisir à retravailler.

– Découvrir de nouvelles belles personnes, me rendre compte de tout ce que je pouvais avoir à apprendre et à échanger avec des gens qui jusqu’ici n’existaient que dans ma périphérie.

– La remise à neuf de mon corps, à coup de piscine, de boxe et autres efforts cumulés et croisés, qui ne font que commencer mais me font déjà me sentir mieux dans ma peau.

– Etre enfin parti au Japon, après plus de dix ans de il faudrait. Réaliser là-bas la part de fantasme dans mes représentations, déprimer, puis apprécier petit à petit tout ce que j’ignorais de la réalité de ce pays.

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Bonus Stage !

Bonus pêle-mêle : Les câlins, l’italien à côté de chez moi, Netflix, mon prof de boxe, le cinéma, les comics, le cul, internet, mon nouveau clavier mécanique, les ramen, mon cuiseur à riz, la thune, les sources chaudes nudistes, Gravity Falls, mon lit, les jeux vidéo, Word, et tout ce que j’oublie des micro trucs du quotidien qui font qu’en vrai, sorti de toute le reste, ça va.

Bonus 2 : Ma mère qui lit la BD que j’ai commandé à Noël, et le simple plaisir que je retire à la regarder bouquiner ce que je vais bouquiner par la suite.

Bonus 3 : Toi qui me lis.