Même joueur joue encore

Je ne suis pas mort. Je bossais.

Je ne m'en lasserai jamais.

Je ne me lasserai jamais de ce gif je vais le repost à l’infini adieu.

J’ai passé les premiers mois de cette année à envoyer mon texte à plusieurs maisons, et les mois suivant à attendre les retours. Cette fois je n’ai pour l’instant pas reçu de lettres types, mais des critiques. Plus ou moins longues, plus ou moins bienveillantes, mais des critiques pro rédigées par des gens qui sont payés pour ça.

Le truc amusant avec les critiques, c’est que très vite elles finissent par se contredire. Quand quelqu’un trouve le style mou et plat, une autre va me dire que c’est moderne et bien emmené. Et les divergences c’est super, parce que ça aide à relativiser. Tu te rappelles qu’un avis ne représente au final qu’une personne, ou une sensibilité/maison/ligne édito. Tu te souviens qu’il n’y a pas une façon de te lire et une seule vérité à trouver dans ton paquet de feuilles.

Là où ça se complique c’est quand plusieurs retours s’accordent sur un même point. Pas possible d’esquiver le problème. Tu te confrontes au truc, tu essaies de comprendre le problème. Ensuite tu dois déterminer si c’est réellement soluble ou bien une intention dont tu ne démordras pas. A un moment les problèmes s’accumulent et tu dois décider si tu continues à forcer en l’état ou si tu cherches une autre voie.

Dans mon cas j’ai réfléchi et rebossé, pendant plusieurs mois. Je suis passé par toutes les phases, je ne pensais pas pouvoir tout changer, et en fait si, et en fait c’est beaucoup mieux, et en fait c’est peut-être nul, et en fait ça ne change rien, mais en fait si. Des semaines de réécriture où tout t’irrite, chaque bon twist dans une série, chaque super réplique dans un film, chaque scène top dans un roman. La jalousie te bouffe l’énergie que tu dois mettre pour affiner encore et encore le même texte, celui qui commence doucement à te sortir par les yeux.

Et puis d’un coup, c’est fini, à nouveau. Et petit avatar de la génération Y que je suis j’ai eu envie de rédiger un long changelog, un fichier exhaustif de toutes les modifications apportées : chapitres supprimés, chapitres rajoutés, chapitres modifiés, intrigues abandonnées, intrigues étoffées, tics supprimés, blagues rajoutées. RHAAA. J’avais envie de pointer du doigt chaque effort. Regarde comme j’ai bossé, putain mais regarde ! Mais, mieux conseillé, j’ai envoyé presque sans commentaire, comme un nouveau tout. En espérant que les sutures soient à la fois invisibles et en même temps déterminantes. Vole, petit PDF, va ravir et conquérir stp. Moi, je reste là.

Je ne suis pas mort. J’attends.

Final Draft

J’ai terminé de rédiger, de corriger et de mettre en page mon manuscrit. C’est fini.
J’ai un joli document Word, un beau PDF.
Je ne vais rien en faire, parce que c’est les vacances, pour moi mais surtout pour tous les autres.

Depuis la dernière fois, deux phases de correction. Plusieurs remises en question de règles de grammaire que je pensais acquises, et autres odieux tics de langage. La terrible impression que plusieurs fautes de base sont ancrées comme correctes. Je pense que c’est ça, le début de la vieillerie, avoir intégré des erreurs comme vérités. Sans parler des noms de personnages qui gagnent ou perdent une consonne, un accent, d’un chapitre à l’autre. Heureusement rien qu’un chercher-remplacer ne saurait récupérer. La meilleure partie de la relecture des corrections d’une personne tierce étant ce moment, au bout de 150 pages, quand la personne censée te venir en aide pète elle-même un plomb et commence à mettre des blagues dans ses annotations.

La relecture rend fou, a fortiori quand personne n’est payé pour le faire.

Au moins je me serais vengé sur la mise en page. Une amie typographe m’a éclaté la tronche à coup de polices de caractère aussi rares qu’onéreuses. Ce qui aura impliqué une plongée dans les bas-fonds de la baie des pirates pour récupérer quelques ko de fichiers. Au même moment un contact éditorial trouvait que je brassais beaucoup d’air quand je pourrais simplement utiliser Times New Roman et en rester là. Saleté de contact éditorial. Parce qu’au point où j’en suis, à savoir la toute fin, tout fétiche est bon à prendre, au sens magique du terme. C’est-à-dire que si je peux gagner un micro pourcentage de chance supplémentaire en proposant une police et une mise en page agréables, je vais y aller. En roue libre sur l’autoroute de la typographie.

Alors maintenant, on fait quoi ?

Moi, en tout cas, j’attends.
Parce qu’aujourd’hui c’est le début de la trêve hivernale, des vacances pour (presque) tous. Ce n’est pas le moment de rappeler aux gens qui me doivent des faveurs qu’ils me doivent des faveurs. Ce n’est pas la période pour aller toquer aux portes dans le froid, plusieurs kilos de photocopies tout sauf éco-responsables sur le dos. Non. Je vais attendre janvier, mais janvier bien entamé pas lundi cinq à neuf heures pétantes. Mon année 2014 ne s’achèvera pas sur des prémices de démarchages, mais plutôt sur la satisfaction du défi relevé, le petit bonheur du travail accompli. J’aurai réussi à déblayer la plupart des obstacles à ce projet, qu’il s’agisse d’un concours qui tombe à l’eau, d’une béquille Nanowrimo qui ne me permet pas d’aller au bout, des moments de doute où je trouve ça nul, des moments de doute où je trouve ça sans intérêt.

Tout au long du périple, des amis, proches ou moins proches, pour me dire que c’était cool, comme projet, comme idée, comme histoire. Foultitude de gens qui m’auront aidé, certains par petites touches, d’autres sans le savoir, et d’autres encore avec des coups de pouce de titan, qu’il s’agisse de longs retours argumentés ou de corrections orthographiques de l’enfer. Je ne suis pas arrivé là seul, tout comme je ne pourrai pas faire le reste du chemin seul.

La semaine dernière, quelqu’un que je ne connais pas m’a envoyé un mail, me disant qu’elle se retrouvait dans un de mes précédent billet, qu’il la rassurait et je crois l’aidait un peu. J’espère que d’autres ce reconnaîtront dans celui-ci, ou qu’ils pourront bientôt s’y reconnaître.

De mon côté, je vais rentrer chez moi, manger, boire, lire, tout sauf écrire.
Parce que cette partie-là, sur ce projet-là, est terminée.

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Clac clac clac clac clac…

Je ne sais pas si vous voyez quand, dans les mangas, le personnage principal vient de se défaire de son pire ennemi grand méchant qui est le type ou le truc le plus fort de la planète à ce moment précis. S’ensuit une courte période de satisfaction masturbatoire où notre héros se dit que quand même, le temps de paix, c’est plutôt chouette. Quand soudain surgit la prochaine menace qui, dans un incroyable retournement de situation, s’avère être un type ou un truc encore beaucoup plus fort que celui d’avant et que en fait du coup ton personnage principal il n’est qu’au début de son aventure .

Ou, en une phrase, le moment dans Final Fantasy VII où tu sors de la ville de Midgar et que tu découvres LA PUTAIN DE CARTE DU MONDE ENTIER PLEIN DE VILLES ET DE TRUCS TROP FORTS A TUER.

Ce post donc pour vous parler des claviers.

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Il y a quatre ans, j’étais bien, j’étais allé au terme de ce que je considérais à l’époque comme les limites du clavier jeu. J’avais acheté un Logitech K800, avec ses touches du confort, son rétroéclairage détecteur de mouvement de la douceur et son mode sans fil avec batterie intégrée du futur. D’ailleurs plusieurs sites internet s’accordaient (et s’accordent encore) sur le fait qu’il s’agit ben et bien du top des claviers. Longue histoire d’amour, à rédiger plein de trucs, des notes de blog, de la prose, des mails nocturnes et autres tweets d’insultes. On était bien lui et moi. Jusqu’à ce qu’une des touches me reste au bout des doigts, jusqu’à ce que je réalise que hors garantie il est impossible de faire changer une seule tuile en plastique, jusqu’à ce qu’une rapide recherche eBay m’apprenne que la touche en question est trop recherchée pour être retrouvée en occasion. Mon clavier K800 va presque très bien, mais il ne me va plus.

C’était pour moi le moment de me remettre un peu en question, de sortir de ma tour d’ivoire et de voir si mon choix initial pouvait être remis en cause. Et c’est à ce moment que j’ai réalisé que l’univers entier avant changé durant mon absence. Finis les claviers dit chicklet, bonjour le retour de hype des claviers mécaniques, ceux qui remplacent la membrane plastique des touches par un bon vieux ressort des familles. Le nouveau game c’est les touches qui font clac clac sous les doigts, avec un retour tactile différent, avec plusieurs variantes d’une même technologie, plus ou moins fermes, plus ou moins bruyants. Le game a changé pendant que j’étais resté au calme chez moi à jouer à jour/nuit avec les diodes de mon K800. Et le nouveau top c’est de se faire monter un clavier sur mesure avec des touches précises sans inscription. Parce que les vrais hokages n’ont pas besoin d’un rappel visuel pour invoquer l’alphabet. Sale ambiance pour moi et mon petit Logitech de compète. Face au listing des claviers du monde entier, je me demandais, est-ce que je reste à Midgar avec mon stradivarius d’amour, ou bien dois-je m’aventurer dans le vaste monde et m’essayer aux différentes touches mécaniques pour les capturer toutes et devenir le meilleur dresseur ?

Parce que l’immobilisme, c’est la mort, et que l’absence de curiosité, c’est aussi la mort, je me suis frotté à plus fort que moi. J’ai demandé des conseils à mes amis maboules qui, en quelques années, s’étaient constitué des collections de clavier digne d’un article malaise de Vice sur « ces nerds qui nous rassurent sur nos propres petits travers geek ». Tel Goku en mission camping dans la salle de l’esprit et du temps, je me suis entraîné en un temps record à reconnaître les touches Cherry MX Red, Brown et Blue tout en gardant à l’esprit les Black, Clear et autres saloperies qui font clac clac sous les doigts. Pour la première fois, je suis vraiment devenu, sans mauvaise traduction aucune, un expert en digital (peut être une des seules fois où je pourrais placer cette expression tout en respectant la langue française). Et, au terme de moult demandes de conseils, de Twitter à Reddit, j’ai fini par opter pour un Cmstorm Trigger Z Cherry MX Brown (joie du marketing gamer).

Le truc est énorme, super lourd, ne détecte pas quand mes mains sont au-dessus des touches pour s’éclairer et reste branché à mon ordinateur par un épais câble double USB. Le déplacer sur ma table de bureau nécessite l’intervention de deux déménageurs et d’un ingénieur en fils qui font des nœuds. Je me coince les doigts contre les touches de macro à gauche (qui ne me servent pour l’instant à rien) et je n’arrête pas de me planter rapport au fait que les touches sont plus éloignées les unes des autres que sur son prédécesseur. Enfer et damnation. Mais, au bout de deux trois jours, déjà, je commence à prendre le coup de main, limiter les fautes de frappe. Surtout, j’apprécie le bruit des petits clac clac sous les doigts, les sensations de l’outil. Si je ne sais pas encore si je préfère, si c’est quelque chose dont je ne pourrai bientôt plus me passer, au moins, déjà, j’arrive à travailler avec.

Quel rapport avec ce blog, l’écriture, mon manuscrit ? Plusieurs.

J’ai toujours pensé que le périphérique de saisie étant mon outil principal à la fois de travail et de loisir, il méritait un soin et un budget tout particulier. Les gens qui passent leur journée sur un ordi de compète mais se contentent d’un truc en plastic mou à dix balles m’ont toujours fait l’effet de coureurs de fond en sandales. Les claviers, c’est sérieux. A fortiori quand on prévoit de rédiger des pages et des pages de prose, souvent en vain, ce qui nécessitera de rédiger des pages et des pages de prose, pour oublier. Ensuite, et c’est là que cela devient vicieux, je me refusais à recorriger mon manuscrit avec un clavier auquel il manquait une touche. Bien entendu j’aurais pu le faire, j’aurais pu bidouiller cette seconde vague de corrections et récupération de coquilles avec mon vieux K800 qui marche toujours très bien. Mais alors que la bise fut venue et qu’il fait sombre et froid dans nos cœurs et que de toute façon on va pas emmerder les éditeurs à deux semaines de Noël, il me fallait bien une excuse pour repousser l’inévitable.

Du coup on dit que maintenant que j’ai un nouveau clavier mécanique avec lequel je commence à être à l’aise et que j’en suis content.

Du coup on dit que maintenant je bosse.