Et tout le monde joua le jeu

Objet trouvé est sorti depuis une semaine pile (voire un peu plus pour ceux qui l’ont déniché en avance, déjà mis en place par des libraires zélés). L’heure du bilan reste lointaine. Mon éditeur et moi-même en sommes encore à retenir notre respiration et attendre de voir ce qui se passe ou non, si « ça prend » (la littérature est donc de la mayo et moi un jaune d’oeuf). J’ai découvert le volume de mon tirage hier, je ne veux pas savoir mes ventes avant l’hiver, à moins d’un coup de fil pour m’annoncer qu’on repart en impression triple point d’exclamation à l’oral. Ne me dites rien, heureux les ignorants qui avancent comme si de rien n’était. Ce n’est que le début.

Mais quel début. Une semaine durant je fus inondé de messages de félicitations, tendresse, sympathie, émanant tant des amis proches, que de celles et ceux qui s’étaient éloignés, voire parfois jusqu’à des personnes avec qui la seule chose que nous entretenions était une inimitié polie. J’ai senti qu’on était réellement, et sincèrement, content pour moi, peu importe notre distance ou passif. Un moment de grâce comme j’en ai peu vécu, suivi immédiatement par une seconde vague, celle des photos du livre. Romancier de l’ère post-numérique, j’ai reçu des dizaines de photos de mon livre, dans toutes les situations possibles : en rayon, sur une table de libraire, posé sur une pile de butin du jour, dans la rue, à la maison, assorti à une robe (?!) etc.. Autant de clichés preuve d’autant d’achats preuve d’autant de soutiens.

Je sais que c’est un tour de magie que je ne pourrai réaliser qu’une fois. C’est le seul et unique premier roman, l’aboutissement d’une intrigue s’étirant sur des années de présence numérique. Qu’il s’agisse d’acheter le livre, parler du livre ou trouver des gens pour en parler à leur place, tout le monde participe, s’associe à cette jolie conclusion à sa façon. L’impression d’être dans un film, au moment où le héros décroche son téléphone pour demander le service qu’on lui doit depuis des années.Je fais le tour des vielles promesses, il est temps de régler votre ardoise les gens. Et les dits gens de jouer le jeu. Bien sûr qu’on va aider, de quoi tu as besoin ? On ne va pas se mentir, faire le truc de la fausse modestie et tout, non : c’est grisant.

Le livre est court, les retours arrivent vite, au fil du weekend dernier. Des supers compliments, quelques questions, parfois juste une ligne. Je ne creuse pas trop et je laisse venir, je ne sais pas ce que dois demander ou non, mais de passionnantes conversations jaillissent de ces retours, surtout lorsque je peux éclaircir tel ou tel point, dévoiler telle ou telle anecdote de relecture, de débat interne avec l’éditeur. Les plus belles remarques sont celles qui me disent que le livre est valide, que c’est un vrai roman, qu’il mérite d’exister. C’est pas volé, dans tous les sens du terme.

Seconde semaine aujourd’hui, la rentrée commence à peine. La première vague de mon lectorat et de mon exposition, celles des amis, des contacts, des faveurs est passée. Les gagnantes et gagnants de la saison commencent à émerger tandis que d’autres interviews, d’autres opportunités se présentent de mon côté. On avance, on fait le travail qu’il faut. Mais, quoi qu’il arrive à présent, ce n’est que du bonus.

Parce qu’au fond, c’est ce que j’ai toujours voulu : mon travail posé sur une table au milieu d’autres livres avec les mêmes chances (plus ou moins, on se comprend), considéré comme un roman parmi les autres. Et ça, je l’ai eu.