The Sarah Book // Scott McClanahan

Tout le monde m’a conseillé de lire l’édition française de Crapalachia, le roman de Scott McClanahan. Chaque fois on me disait c’est super chaque fois j’allais lire le résumé bif bof et, doigt sur la carte bleue, je renonçais au dernier moment. Mais comme la pédagogie, c’est la répétition, j’ai fini par aller jeter un œil sur les autres livres de l’auteur. On ne sait jamais, des fois que. C’est là que je suis tombé sur le petit dernier, The Sarah Book, qui s’avérera être la lecture qui m’aura le plus brisé ces dernières années. Joie.

The Sarah Book, donc, c’est l’histoire de Sarah, du moment où elle demande le divorce de Scott McClanahan, son mari et père de leurs deux enfants. C’est aussi l’histoire de leur rencontre. Mais c’est surtout l’histoire de Scott, et de la spirale de dépression, haine et destruction qu’engendre cette rupture. Le tout dans une ambiance deep province, alcool et chomâge. RIEN DE BIEN NEUF N’EST-CE PAS.

Et pourtant.

The Sarah Book m’a dévasté, littéralement dévasté pas genre « dévasté » comme dans une critique littéraire écrite par un mec qui a lu vingt pages avant de piocher dans le chapeau des mots magiques pour son papier. Non, ici, dans mon cas à la mi-livre, je suis allé voir la personne qui m’avait recommandé le bouquin et je lui ai demandé si c’était normal d’être autant en vrac. Mec, ça va mal, vraiment. Parce que j’en étais fébrile jusque dans le métro, à me recroqueviller sur ma place pour me retenir de somatiser tout ce qui se nouait à l’intérieur. On m’a répondu que j’étais pas le seul à avoir remonté cet état, à avoir été remué par cette lecture. Fantasmés en totalité, partie ou pas du tout je ne sais pas, mais cette histoire, ce style, parviennent à mettre le doigt sur des douleurs enfouies, des intensités d’émotion dont on se croyait débarrassé.

The Sarah Book vient remuer la plaie que tu pensais cicatrisée.

C’était aussi le mauvais moment pour le lire, un sale timing où j’avais justement un peu trop de temps libre d’un coup. Et hop. Le bon moment du coup ? J’imagine. C’est court, c’est efficace, ça se termine sans surprise ni rebondissement de dernière minute. Le livre refermé, on dort dessus quelques jours, et la douleur est oubliée à nouveau. Il n’empêche, quel excellent roman. Je ne le mettrais pas entre toutes les mains, je pense qu’il nécessite un certain passif personnel pour déployer tout son potentiel. Mais si de ce que je vous en dis, ça vous parle, foncez.

Je vous referai signe quand ça sort chez nous.